La création de l’ONU
un processus né de la guerre, pas un simple acte fondateur
On retient une date ; l’histoire en compte deux, et surtout un long cheminement. Voici comment l’ONU est réellement née.
L’Organisation des Nations Unies a été officiellement créée le 24 octobre 1945, date d’entrée en vigueur de sa Charte. Ce texte fondateur avait été signé quelques mois plus tôt, le 26 juin 1945, au terme de la Conférence de San Francisco, par cinquante États, rejoints par la Pologne pour former cinquante et un membres originels. Sa création est l’aboutissement d’années de diplomatie menées pendant la guerre, avec une obsession : éviter qu’un tel conflit ne se reproduise, là où la Société des Nations avait échoué.
- Deux dates : signature le 26 juin 1945, entrée en vigueur le 24 octobre 1945.
- 51 membres originels : 50 signataires à San Francisco, plus la Pologne.
- Un processus : de la Charte de l’Atlantique (1941) à San Francisco (1945).
- Une leçon : corriger l’échec de la Société des Nations.
La création de l’ONU se résume souvent à une date apprise par cœur. La réalité est plus riche : l’Organisation des Nations Unies n’est pas sortie d’une seule signature, mais d’un processus diplomatique étalé sur plusieurs années, mûri en pleine guerre, autour d’une question lancinante — comment empêcher le monde de sombrer une troisième fois dans un conflit total.
La création de l’ONU en bref
deux dates à ne pas confondre
Deux dates structurent la fondation de l’ONU, et les confondre est l’erreur la plus courante. Le 26 juin 1945, à San Francisco, les représentants de cinquante États signent la Charte des Nations Unies, le texte qui définit l’organisation, ses buts et ses organes. Mais signer un traité ne suffit pas à le rendre effectif : il faut qu’il soit ratifié par les pays concernés. C’est chose faite le 24 octobre 1945, lorsque la Charte entre officiellement en vigueur après ratification par les cinq grandes puissances et la majorité des autres signataires.
C’est donc le 24 octobre 1945 qui marque la naissance juridique de l’ONU — une date devenue depuis la Journée des Nations Unies. La Pologne, absente de la conférence de San Francisco, signe la Charte un peu plus tard ; elle est néanmoins comptée parmi les cinquante et un membres originels de l’organisation.
Pourquoi créer l’ONU
le contexte de la sortie de guerre
Pour comprendre l’ONU, il faut se replacer en 1945. Le monde sort de la guerre la plus meurtrière de son histoire. Deux conflits mondiaux en une génération ont laissé l’idée qu’il fallait, cette fois, bâtir quelque chose de solide pour préserver la paix. L’enjeu n’était pas seulement de mettre fin aux combats, mais de créer un cadre permanent où les différends entre États pourraient se régler par la discussion plutôt que par les armes.
Cette ambition s’accompagnait d’une lucidité : la paix ne tient pas qu’à de bonnes intentions. Les fondateurs voulaient une organisation dotée de moyens d’action, capable de peser réellement, là où l’institution précédente s’était révélée impuissante. L’ONU est née de cet équilibre recherché entre un idéal — la coopération entre les nations — et un réalisme de puissance — donner aux États les plus forts une place qui les inciterait à y rester.
Le chemin vers San Francisco
les étapes diplomatiques
La Charte de 1945 est l’aboutissement d’une série d’étapes engagées bien avant la fin de la guerre. Chacune a posé une pierre.
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1941 — La Charte de l’Atlantique
Les États-Unis et le Royaume-Uni esquissent les principes d’un ordre international d’après-guerre.
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1er janvier 1942 — La Déclaration des Nations Unies
Vingt-six pays en lutte contre l’Axe signent : l’expression « Nations Unies », attribuée à Roosevelt, apparaît officiellement.
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1944 — La conférence de Dumbarton Oaks
Les grandes puissances rédigent un avant-projet : structure, organes et principes de la future institution.
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Début 1945 — Yalta
Les dirigeants alliés tranchent le point le plus délicat : le vote au futur Conseil de sécurité et le droit de veto.
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25 avril – 26 juin 1945 — San Francisco
Les délégués de cinquante pays mettent au point puis signent la Charte des Nations Unies.
Tirer les leçons de la Société des Nations
L’ONU n’est pas la première tentative d’organisation mondiale. Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles avait donné naissance à la Société des Nations (SDN), portée par les mêmes espoirs de paix durable. Son échec, dans les années 1930, hante les fondateurs de 1945.
La SDN a buté sur plusieurs faiblesses. Les États-Unis, dont le président Wilson avait pourtant inspiré le projet, n’y ont jamais adhéré, la privant d’un poids majeur. Ses décisions, soumises à l’unanimité, étaient difficiles à prendre. Surtout, elle manquait de moyens de contrainte : incapable d’empêcher les agressions des années 1930, elle s’est effondrée à l’épreuve. L’ONU a cherché à corriger ces défauts : faire entrer les grandes puissances et les y maintenir, doter le Conseil de sécurité d’un pouvoir d’action réel, et éviter la paralysie d’un vote à l’unanimité absolue. Le compromis trouvé — un siège permanent et un droit de veto pour les cinq grands — découle directement de cette leçon.
Ce que la Charte met en place
les organes de l’ONU
La Charte ne se contente pas de proclamer des principes : elle dote l’organisation d’une architecture. Plusieurs organes principaux en forment l’ossature, dont le siège s’établit à New York.
| Organe | Rôle principal |
|---|---|
| Assemblée générale | Réunit tous les États membres, une voix chacun : l’enceinte de délibération universelle. |
| Conseil de sécurité | Chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales ; l’organe le plus puissant. |
| Secrétariat | Dirigé par le Secrétaire général, il assure le fonctionnement quotidien de l’organisation. |
| Cour internationale de justice | Installée à La Haye, elle règle les différends juridiques entre États. |
| Conseil économique et social | Coordonne la coopération économique, sociale et humanitaire. |
Le Conseil de sécurité et le droit de veto
Le Conseil de sécurité est l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales, et c’est le plus puissant. Il comprend des membres permanents et des membres élus pour une durée limitée. Les cinq membres permanents — États-Unis, Union soviétique (aujourd’hui la Russie), Royaume-Uni, France et Chine — disposent d’un droit de veto : chacun peut, à lui seul, bloquer une décision de fond du Conseil.
Ce veto est l’héritage direct de l’échec de la SDN. En accordant aux grandes puissances un pouvoir de blocage, les fondateurs voulaient s’assurer qu’elles rejoignent l’organisation et y restent, plutôt que de la quitter dès qu’une décision les contrarierait. C’est un compromis assumé entre efficacité et égalité : il a permis à l’ONU d’exister, mais il explique aussi pourquoi le Conseil se retrouve parfois paralysé lorsque les intérêts des grands s’opposent. Comprendre la création de l’ONU, c’est comprendre que cette tension était inscrite dès l’origine dans son acte fondateur.
Quelle est la date de création de l’ONU ?
L’ONU a été officiellement créée le 24 octobre 1945, date d’entrée en vigueur de sa Charte après ratification. Cette charte avait été signée le 26 juin 1945 à San Francisco. Le 24 octobre est aujourd’hui célébré comme la Journée des Nations Unies.
Où la Charte des Nations Unies a-t-elle été signée ?
À San Francisco, aux États-Unis, au terme de la Conférence des Nations Unies pour l’Organisation internationale, qui s’est tenue du 25 avril au 26 juin 1945. Cinquante États l’ont signée ce 26 juin, la Pologne s’ajoutant ensuite pour former cinquante et un membres originels.
Pourquoi l’ONU a-t-elle remplacé la Société des Nations ?
La Société des Nations, créée après la Première Guerre mondiale, n’avait pas su empêcher les agressions des années 1930. Elle souffrait de l’absence des États-Unis, d’un vote à l’unanimité paralysant et d’un manque de moyens d’action. L’ONU a été conçue pour corriger ces faiblesses.
Qui dispose du droit de veto à l’ONU ?
Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité : les États-Unis, la Russie (héritière de l’Union soviétique), le Royaume-Uni, la France et la Chine. Chacun peut bloquer seul une décision de fond du Conseil. Ce droit visait à garantir que les grandes puissances rejoignent et restent dans l’organisation.
Combien d’États ont fondé l’ONU ?
Cinquante et un États sont considérés comme les membres originels de l’ONU : les cinquante signataires de la Charte à San Francisco le 26 juin 1945, plus la Pologne, qui a signé un peu plus tard. L’organisation compte aujourd’hui bien davantage de membres.
La création de l’ONU n’est ni un miracle de bonne volonté ni un simple paraphe : c’est le produit d’une guerre qui a forcé les nations à tirer les leçons d’un premier échec. Deux dates, un long chemin diplomatique, une architecture pensée pour durer et un compromis — le veto — porteur de ses propres limites. Comprendre cette genèse, c’est saisir à la fois la force de l’organisation et les tensions qui, aujourd’hui encore, traversent son fonctionnement.