TJM freelance
comment le calculer et le fixer sans se sous-vendre
Du revenu net visé au tarif affiché : la méthode pour poser un tarif journalier juste.
Le TJM, ou Tarif Journalier Moyen, est le prix d’une journée de prestation facturée à un client. On le calcule en partant du revenu net visé, puis en réintégrant les cotisations, les impôts, les frais professionnels et tous les jours que l’on ne facture pas.
- Définition : le prix d’une journée, pas un salaire journalier.
- Méthode : partir du net souhaité et tout réintégrer.
- Jours facturables : bien moins nombreux qu’on ne l’imagine.
- Négociation : défendre la valeur, connaître son plancher.
Beaucoup de freelances posent leur premier tarif au doigt mouillé : ils prennent le salaire qu’ils gagnaient en poste, le divisent par vingt jours, et annoncent le résultat. Quelques mois plus tard, ils découvrent que les cotisations, les impôts, les périodes creuses et les frais ont mangé la quasi-totalité de ce qu’ils croyaient gagner. Le TJM sert justement à éviter ce piège. Bien construit, il n’est pas un chiffre lancé en l’air : c’est la traduction d’un coût réel et d’une valeur rendue.
Qu’est-ce que le TJM et à quoi il sert
Le Tarif Journalier Moyen est l’unité de référence du travail indépendant en prestation. C’est le montant qu’un client paie pour une journée de votre travail. La plupart des missions s’expriment ainsi, qu’elles soient facturées en régie — on compte les jours réellement passés — ou au forfait, où le prix global se ramène mentalement à un nombre de jours.
La différence avec un taux horaire est surtout pratique : le TJM correspond mieux au rythme des missions longues et évite de discuter chaque heure. La différence avec un salaire, elle, est fondamentale. Un salarié reçoit un net, mais son employeur paie en plus les cotisations patronales, les congés, la formation, le matériel, les locaux, et assume les périodes sans activité facturable. En freelance, tout cela retombe sur vous. Le TJM doit donc absorber bien plus qu’une simple rémunération : c’est ce qui explique qu’un bon tarif journalier paraisse élevé au premier regard.
La grande erreur
confondre TJM et salaire
L’erreur la plus répandue consiste à raisonner comme si une journée facturée équivalait à une journée de salaire. Elle ne l’est pas. Votre TJM doit couvrir vos cotisations sociales, votre impôt, vos frais professionnels, vos jours non travaillés, et idéalement une marge de sécurité.
Le point le plus sous-estimé est celui des jours réellement facturables. Une année compte environ 220 jours ouvrés. Mais sur ces 220 jours, une part importante ne sera jamais facturée à un client : prospection, devis, administratif, comptabilité, formation, congés, jours fériés, sans compter les aléas comme la maladie ou les périodes entre deux missions. Au final, beaucoup d’indépendants facturent nettement moins de jours qu’ils ne le pensaient. C’est ce diviseur, plus que le revenu visé, qui fait gonfler le tarif journalier.
Raisonner en jours facturables, et non en jours ouvrés, est déterminant. Surestimer ce nombre, c’est se condamner à un TJM trop bas et à une année déficitaire malgré un agenda plein.
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Définir le revenu net annuel visé
Le montant que vous voulez réellement conserver pour vivre, une fois tout payé.
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Réintégrer cotisations et impôt
Selon votre statut — micro-entreprise, EURL, SASU, portage — la part prélevée diffère sensiblement. Remontez du net vers le brut à dégager, sans appliquer de taux figé : renseignez-vous sur votre régime et l’année en cours.
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Ajouter les frais professionnels annuels
Matériel, logiciels, abonnements, assurances, comptable, local ou coworking, déplacements, formation.
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Estimer les jours réellement facturables
Partez des jours ouvrés et retranchez congés, administratif, prospection et marge d’aléas.
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Diviser le total à couvrir par les jours facturables
Vous obtenez votre TJM plancher, celui en dessous duquel vous perdez de l’argent.
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Ajouter une marge
Sécurité de trésorerie, investissement, développement : votre tarif affiché doit rester au-dessus du plancher.
Un exemple de raisonnement, à titre purement illustratif
Pour rendre la logique concrète, prenons une hypothèse pédagogique — les montants n’ont ici aucune valeur de norme et dépendent entièrement de votre situation. Supposons un indépendant qui vise un certain revenu net annuel. Il commence par estimer ce que représentent ses cotisations et son impôt pour ce niveau de revenu dans son statut, ce qui lui donne un montant total à dégager bien supérieur au net. Il y ajoute ses frais professionnels de l’année. Puis il estime ne pouvoir facturer, réalistement, qu’une fraction des jours ouvrés. En divisant le total à couvrir par ce nombre de jours, il obtient un plancher, auquel il ajoute enfin une marge.
Ce qu’il faut retenir de l’exemple n’est pas un chiffre, mais la mécanique : un même objectif de revenu net débouche sur des TJM très différents selon le statut, le métier, la région et l’année. Reproduisez le raisonnement avec vos propres données plutôt que de copier un montant lu ailleurs.
Les facteurs qui font varier un TJM
À méthode identique, deux freelances afficheront des tarifs très différents. Plusieurs leviers expliquent l’écart.
Expertise et rareté
L’expérience, la séniorité et surtout la rareté de la compétence pèsent lourd. Une expertise difficile à remplacer se paie plus cher qu’un savoir-faire courant.
Client et intermédiaire
Un grand compte n’a pas le même budget qu’une TPE. Et un intermédiaire — société de conseil, plateforme, portage — prélève une commission qui s’ajoute à votre tarif ou s’en déduit.
Mission et concurrence
La criticité et l’urgence de la mission, sa durée, la concurrence sur votre créneau et votre zone géographique font monter ou descendre le curseur.
Attention toutefois aux remises pour missions longues : une réduction peut se justifier par la stabilité qu’elle apporte, mais elle ne doit jamais passer sous votre plancher ni vous enfermer au point de refuser de meilleures opportunités.
Fixer puis annoncer son TJM
Une fois le calcul posé, confrontez-le au marché. Observez les offres, les grilles des plateformes, les tarifs de vos pairs — non pour les copier, mais pour situer votre proposition. Gardez en tête deux chiffres distincts : le TJM affiché, celui que vous annoncez, et le TJM plancher, en dessous duquel vous refusez une mission.
L’annonce compte autant que le montant. Présentez votre tarif avec assurance, sans vous justifier nerveusement. Parlez en valeur — le résultat que vous livrez, le problème que vous réglez — plutôt qu’en coût. Un tarif énoncé clairement, sans hésitation, inspire davantage confiance qu’un chiffre lâché du bout des lèvres.
Négocier sans se sous-vendre
La phrase « c’est trop cher » n’appelle pas une baisse réflexe. Elle appelle une réponse sur la valeur et le périmètre : ce que comprend la prestation, ce qu’elle évite au client, ce qu’elle lui rapporte. Si un ajustement est nécessaire, jouez sur d’autres leviers que le seul prix : réduire le périmètre, allonger les délais, revoir les modalités de paiement, proposer un engagement sur la durée.
N’oubliez ni la TVA, le cas échéant, ni les délais de paiement dans votre trésorerie. Un TJM correct ne protège de rien si les factures sont réglées à soixante jours et que la TVA collectée est dépensée par mégarde.
Enfin, un TJM n’est pas gravé dans le marbre. Révisez-le au moins une fois par an, et chaque fois que vous gagnez en expertise ou que le marché évolue. Beaucoup d’indépendants laissent leur tarif stagner des années : c’est une perte silencieuse.
| Poste à couvrir | Pourquoi il entre dans le TJM |
|---|---|
| Revenu net visé | Ce que vous conservez réellement pour vivre |
| Cotisations sociales | Protection sociale et retraite, à votre charge en indépendant |
| Impôt sur le revenu ou les bénéfices | Prélevé selon votre statut et votre régime |
| Frais professionnels | Matériel, logiciels, assurances, comptable, local, formation |
| Jours non facturables | Prospection, administratif, congés et aléas |
| Marge de sécurité | Trésorerie, investissement, développement de l’activité |
À retenir avant de fixer son TJM
Partez toujours du revenu net que vous visez, réintégrez l’ensemble de vos charges et de vos frais, puis divisez par le nombre de jours que vous facturerez vraiment — pas par les jours du calendrier. Connaissez votre plancher, fixez votre tarif affiché au-dessus, et révisez-le régulièrement. Et n’oubliez jamais que la valeur perçue par le client compte autant que la justesse de votre calcul.
Comment calculer son TJM rapidement ?
Partez du revenu net annuel que vous visez, réintégrez les cotisations, l’impôt, les frais professionnels et les jours non facturables, puis divisez le total à couvrir par le nombre de jours réellement facturables dans l’année.
TJM et salaire, quelle différence ?
Le TJM doit couvrir ce qu’un employeur prend habituellement en charge : cotisations, congés, périodes creuses, matériel, formation. Ce n’est donc pas un salaire journalier, mais un prix de revient augmenté d’une marge.
Combien de jours facturables compte une année ?
Bien moins que les jours ouvrés. Une fois retirés les congés, l’administratif, la prospection, la formation et les aléas, il reste souvent une fraction seulement des 220 jours ouvrés.
Faut-il baisser son TJM pour une longue mission ?
Une remise peut se discuter en échange de stabilité, mais jamais en dessous de votre plancher, ni au point de vous priver d’opportunités plus rémunératrices.
À quelle fréquence revoir son TJM ?
Au moins une fois par an, et à chaque gain d’expertise ou évolution notable du marché. Un tarif qui ne bouge pas pendant des années est une perte de pouvoir d’achat déguisée.
Un TJM bien construit ne se discute pas dans la panique : il se calcule une fois, se révise régulièrement, et se défend par la valeur. Le poser clairement, c’est déjà avoir commencé à négocier.