Finance · Impôts & fiscalité

Impôt sur le revenu

comment il se calcule vraiment

Le barème par tranches nourrit plus de malentendus qu’il n’en éclaircit. Voici comment l’impôt se construit, du revenu imposable au taux que vous payez réellement.

Calculatrice, loupe et formulaires fiscaux posés sur un bureau en bois, évoquant le calcul de l'impôt sur le revenu
Réponse rapide

L’impôt sur le revenu est un impôt progressif sur l’ensemble des revenus d’un foyer fiscal au titre d’une année. On divise le revenu imposable par le nombre de parts, on applique un barème par tranches, puis on multiplie par le nombre de parts. Seule la fraction qui dépasse chaque seuil est taxée au taux de la tranche : passer dans une tranche supérieure ne fait jamais baisser le revenu net.

  • Un impôt de foyer : on additionne les revenus de toutes les personnes du foyer fiscal.
  • Progressif par tranches : chaque taux ne frappe que la part du revenu comprise dans sa tranche.
  • TMI ≠ taux moyen : le taux réellement supporté est toujours plus bas que celui de la tranche.
  • Payer ≠ déclarer : le prélèvement à la source est un acompte régularisé après la déclaration.

On résume souvent l’impôt sur le revenu à une grille de pourcentages, et c’est de là que naît la confusion la plus tenace : l’idée qu’« être dans la tranche à 30 % » signifie payer 30 % de tout ce qu’on gagne. C’est faux, et le comprendre change la lecture de sa feuille d’impôt. L’impôt ne se lit pas dans une tranche, il se calcule étape par étape.

Ce qu’est l’impôt sur le revenu

L’impôt sur le revenu, souvent abrégé IR, est un impôt direct, annuel et progressif. Direct, parce qu’il est dû par la personne qui perçoit le revenu. Annuel, parce qu’il porte sur les revenus d’une année civile entière. Progressif, parce que son taux augmente par paliers à mesure que le revenu monte.

Il ne porte pas sur une personne isolée mais sur un foyer fiscal : une personne seule, un couple marié ou pacsé, avec les personnes à charge éventuelles. C’est l’ensemble des revenus de ce foyer qui est additionné, puis imposé. Deux personnes qui se marient ne sont donc plus imposées séparément mais sur un revenu commun, avec un nombre de parts qui en tient compte.

Sur quels revenus on est imposé

L’impôt ne frappe pas seulement les salaires. Il regroupe plusieurs catégories : traitements et salaires, pensions et retraites, revenus des indépendants, revenus fonciers (loyers), revenus de capitaux mobiliers, plus-values. Chaque catégorie a ses propres règles de calcul avant d’être agrégée.

Ce qui est imposé n’est pas le revenu brut, mais le revenu net imposable. Sur les salaires, l’administration applique un abattement forfaitaire de 10 % censé couvrir les frais professionnels — sauf à opter pour les frais réels quand ils sont plus élevés. Elle part ensuite du revenu net global, retranche d’éventuelles charges déductibles, et obtient le revenu net imposable. C’est ce montant, et lui seul, qui entre dans le calcul du barème.

Comment se calcule l’impôt

barème et parts

Le calcul ne se résume jamais à « revenu × taux de la tranche ». Il passe par deux mécanismes enchaînés : le quotient familial, puis le barème progressif. L’ordre des opérations compte, car c’est lui qui produit le montant final.

Le quotient familial (les parts)

Le quotient familial corrige l’impôt en fonction de la composition du foyer. Chaque foyer dispose d’un nombre de parts : une personne seule compte pour une part, un couple marié ou pacsé pour deux, et les enfants ajoutent des demi-parts — une demi-part chacun pour les deux premiers, une part entière à partir du troisième.

Le principe : on divise le revenu net imposable par le nombre de parts pour obtenir le quotient. C’est ce quotient, et non le revenu total, qu’on confronte au barème. On applique le barème à une part, puis on multiplie le résultat par le nombre de parts. Ce mécanisme allège l’impôt des foyers qui font vivre plusieurs personnes avec le même revenu, son avantage étant toutefois plafonné.

  1. Déterminer le revenu net imposable

    Additionner les revenus du foyer, appliquer les abattements (10 % sur les salaires ou frais réels) et retrancher les charges déductibles.

  2. Diviser par le nombre de parts

    Le revenu net imposable est divisé par le quotient familial du foyer pour obtenir le revenu par part.

  3. Appliquer le barème progressif

    On applique les taux par tranches au revenu par part : chaque taux ne porte que sur la fraction comprise dans sa tranche.

  4. Multiplier par le nombre de parts

    Le résultat obtenu pour une part est remultiplié par le nombre de parts du foyer, avantage du quotient plafonné.

  5. Appliquer décote, réductions et crédits

    La décote allège les impôts modestes, puis réductions et crédits d’impôt viennent diminuer ou rembourser le montant dû.

Le barème progressif 2026

Le barème applicable aux revenus de 2025, déclarés en 2026, découpe le revenu par part en tranches. Chaque tranche a son propre taux, et ce taux ne s’applique qu’à la fraction du revenu comprise dans la tranche.

Tranche de revenu par partTaux
Jusqu’à 11 600 €0 %
De 11 601 € à 29 579 €11 %
De 29 580 € à 84 577 €30 %
De 84 578 € à 181 917 €41 %
Au-delà de 181 917 €45 %

Les seuils sont réévalués chaque année pour suivre l’inflation, ce qui évite qu’une simple hausse de salaire indexée sur les prix ne fasse mécaniquement grimper l’impôt. Les montants ci-dessus valent pour l’imposition 2026 ; ils sont à revérifier d’une année sur l’autre.

Taux marginal et taux moyen

le malentendu de la tranche

C’est ici que tout se joue. Le taux de la tranche la plus haute atteinte par votre revenu s’appelle le taux marginal d’imposition, ou TMI. Il ne s’applique pas à tout votre revenu, mais seulement à la part qui dépasse le seuil d’entrée dans cette tranche.

Prenons une personne seule, soit une part, avec 30 000 € de revenu imposable. Sa première tranche, jusqu’à 11 600 €, n’est pas taxée. La fraction comprise entre 11 600 € et 29 579 € est taxée à 11 %. Seuls les quelques centaines d’euros au-dessus de 29 579 € tombent dans la tranche à 30 %. Son TMI est donc de 30 %, alors que l’essentiel de son revenu a été taxé à 0 % ou 11 %.

C’est pourquoi le taux réellement supporté — le taux moyen, c’est-à-dire l’impôt total divisé par le revenu imposable — est toujours nettement inférieur au TMI.

Le mythe du saut de tranche

Franchir le seuil d’une tranche ne fait jamais reculer le revenu net. Seul l’euro supplémentaire est taxé au taux supérieur, jamais les euros déjà gagnés en dessous. Gagner plus rapporte toujours plus, même si une partie file à l’impôt.

Décote, réductions et crédits d’impôt

Le barème ne donne pas le montant final. Plusieurs correctifs interviennent ensuite. La décote, appliquée après le barème, réduit l’impôt des foyers faiblement imposés, jusqu’à l’annuler en dessous d’un certain niveau. Ses seuils évoluent chaque année et méritent d’être vérifiés au moment de la déclaration.

Viennent ensuite les réductions et les crédits d’impôt, qu’il faut distinguer. Une réduction d’impôt vient en déduction de l’impôt dû : si vous n’êtes pas imposable, elle est perdue. Un crédit d’impôt, lui, peut donner lieu à un remboursement même quand vous ne payez pas d’impôt — l’État vous verse alors la différence. Dons, emploi à domicile, frais de garde : selon le dispositif, vous relevez de l’un ou de l’autre. Cette nuance, souvent ignorée, change le bénéfice réel d’un avantage fiscal.

Déclaration et prélèvement à la source

Depuis l’entrée en vigueur du prélèvement à la source, l’impôt est prélevé au fil de l’eau : un taux calculé par l’administration s’applique chaque mois sur le salaire ou la pension, ou par acomptes pour les indépendants et les revenus fonciers.

Mais payer n’est pas déclarer. Le prélèvement n’est qu’un acompte estimé à partir de revenus passés. La déclaration annuelle reste indispensable : c’est elle qui établit l’impôt réellement dû sur l’année, prend en compte les changements de situation, les réductions et les crédits. L’administration compare ensuite ce qui a été prélevé à ce qui était dû, puis régularise — par un remboursement si vous avez trop versé, par un solde à payer dans le cas inverse. Le prélèvement à la source a lissé le paiement dans le temps ; il n’a pas supprimé l’obligation de déclarer.

Comment est calculé l’impôt sur le revenu ?

On divise le revenu net imposable du foyer par son nombre de parts, on applique le barème progressif par tranches au résultat, puis on multiplie par le nombre de parts. Décote, réductions et crédits d’impôt s’appliquent ensuite pour obtenir le montant final.

Qu’est-ce que le taux marginal d’imposition (TMI) ?

C’est le taux de la tranche la plus haute atteinte par votre revenu par part. Il ne s’applique qu’à la fraction du revenu qui dépasse le seuil de cette tranche, pas à l’ensemble du revenu. Le taux réellement supporté, ou taux moyen, est donc plus bas.

Passer dans une tranche supérieure fait-il baisser mon revenu net ?

Non. Seule la part du revenu qui dépasse le seuil de la nouvelle tranche est taxée au taux supérieur ; les euros déjà gagnés en dessous restent imposés comme avant. Gagner plus se traduit toujours par un revenu net plus élevé.

Quelle différence entre une réduction et un crédit d’impôt ?

Une réduction d’impôt s’impute sur l’impôt dû et est perdue si vous n’êtes pas imposable. Un crédit d’impôt peut être remboursé par l’État même en l’absence d’impôt à payer. Le bénéfice réel d’un avantage fiscal dépend donc de cette nature.

Faut-il encore déclarer ses revenus avec le prélèvement à la source ?

Oui. Le prélèvement à la source n’est qu’un acompte calculé sur des revenus passés. La déclaration annuelle établit l’impôt réellement dû, intègre les changements de situation et les avantages fiscaux, puis l’administration régularise l’écart.

Comprendre l’impôt sur le revenu, c’est surtout comprendre l’ordre des opérations : revenu imposable, parts, barème, puis correctifs. Une fois cette chaîne en tête, la feuille d’impôt cesse d’être une grille opaque de pourcentages et devient un calcul qu’on peut suivre — et anticiper.